septembre 2008


Roger Pingeon en jaune sur le Ventoux, le jour où son équipier
de chez Peugeot Tom Simpson trouvera la mort.
photo : Miroir du cyclisme

Roger Pingeon 1967, il a filé à toutes Jambes

Daniel FERTIN

En cette année 1967 les journaux organisateurs du Tour, par le biais de leurs directeurs, Jacques Goddet pour l'Equipe et Félix Lévitan pour le Parisien, ont décidé de renouer avec les équipes nationales, formule abandonnée depuis le Tour 1961 sous la pression des marques.

C'est cette année là qu'est né à Angers le prologue, formule abandonnée en 2008 au départ de Brest, et remplacée en 2009 par un long contre-la-montre de 15 kilomètres dans les rues de la Principauté (sur le célèbre circuit automobile).

Le premier vainqueur sera l'Espagnol Errandonéa qui empêchera – une fois encore – Raymond Poulidor de revêtir le maillot jaune. Au sein de l'équipe de France, Marcel Bidot, le Directeur Sportif, a désigné trois chefs de file : Lucien Aimar le vainqueur sortant (Bic), Raymond Poulidor (Mercier) et Roger Pingeon (Peugeot) mais pour le public la cohabitation au sein de cette équipe de France va être difficile.


Dans le mur pavé de Thuin, Roger Pingeon vient de partir, bientôt personne ne le reverra.
photo : Miroir du cyclisme

Ce mardi 4 juillet le peloton va quitter provisoirement la France pour une étape reliant Roubaix à Jambes, dans la banlieue de Namur en Belgique. Comme à son habitude, le Nordiste et capitaine de l'équipe de France, le regretté Jean Stablinski, roule devant pour mieux surveiller l'étape. Trois kilomètres après le départ, le peloton roule en Belgique et très rapidement un groupe de treize s'enfuit. Parmi ces fuyards on note la présence entre autres de Riotte (France), Théllière et Cadiou (des Coqs hardis, une des trois formations françaises), de Johnny Schleck (le père de Frank et Andy) et surtout de Rik Van Looy. Le Belge, ancien Champion du Monde, effectue cette année son treizième et dernier Tour et souhaite se faire remarquer chez lui. Roger Pingeon n'est pas dans ce groupe quand il entend une voix qui lui crie « vas-y », c'est le « père Stab » qui une fois de plus a flairé le bon coup et exhorte le Français le mieux placé dans le peloton à cet instant de sauter dans l'échappée pour accompagner Riotte (8ème derrière Spruyt, maillot jaune). Il reste 60 kilomètres, le Tour va basculer.

Dans le groupe l'entente est très mauvaise, chacun passe mais «mollement». Roger Pingeon, coureur de caractère, ne l'entend pas de cette oreille et avant que les murs qui vont se succéder sur cette étape ne se profilent, il attaque et lâche tous les anciens membres de l'échappée. Jean-Claude Theillière, Champion de France, mais membre d'une autre équipe, tente de s'accrocher, il lui crie même « attends nous ! ». L'ancien plombier-zingueur n'entend pas, il continue et dans le mur de Thuin, un mur pavé impressionnant, il est seul, il vole sur les pavés, malgré les dix derniers kilomètres vent de face, plus personne ne le reverra. Son second ne sera autre que son compagnon de chambre, le coureur de l'Yonne Raymond Riotte qui finit à 1' 24", les favoris sont à plus de 6 minutes au classement général.


Sur les routes vallonnées des Ardennes, Roger Pingeon s’est débarassé de ses compagnons d'échappée.
photo : Miroir du cyclisme

A Jambes, Pingeon prend bien sûr le maillot jaune, l'Italien Polidori qui rêvait de reprendre son bien perdu à Roubaix est à 36", Riotte à 46. Certains pensent déjà aux vainqueurs français des années en 7, Robic en 47, Anquetil en 57, tous les deux porteurs du maillot tricolore. Ils ont bien raison, 1967 sera un excellent millésime pour l'équipe de Marcel Bidot. Sur la route de Strasbourg le Bressan devra abandonner son maillot jaune à son voisin de chambre à cause d'un passage à niveau fermé mais dans les Vosges, au Ballon d'Alsace, il le récupère malgré la victoire d'étape d'un des leaders français Lucien Aimar. Lors de cette étape, Raymond Poulidor chute, il déclare dès lors se mettre au service de Roger Pingeon et c'est ainsi qu'il deviendra l'ange gardien du maillot jaune jusqu'à l'arrivée triomphale au Parc des Princes. Roger Pingeon avait eu raison d'écouter Stablinski et de filer à toutes Jambes.


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