avril 2008


Juste à l'entrée de la trouée d'Aremberg Jacques Stablinski se souvient
que c'est son père, disparu en juillet dernier qui a déniché ce site.
photo : Daniel Fertin

Il y a juste 40 ans,
premier passage
dans la trouée d'Arenberg

Daniel FERTIN

Tout le monde se souvient des pavés de mai 68 à Paris dans le quartier latin mais dans le Nord de la France ces grès disparaissaient régulièrement sous l'avancée inexorable des goudronneuses. Il y a tout juste 40 ans donc les organisateurs de Paris Roubaix avec à leur tête Jacques Goddet, directeur du quotidien sportif L'Equipe se demandaient comment faire survivre cette classique née en 1896 et seulement interrompue par les deux conflits mondiaux. C'est d'ailleurs suite à la première guerre mondiale qu'est apparue la dénomination de l'Enfer du Nord, non pas à cause de l'état des routes mais à cause de la destruction systématique des villes et villages nordistes, des routes et des paysages. Ceux qui en revenaient parlaient de l'Enfer, l'Enfer du Nord.

Albert Bouvet, un ancien vainqueur de Paris-Tours (il a été le dernier vainqueur français entre 1956 et la victoire de Jackie Durand en 1998) vient d'être embauché au journal organisateur où il sera chargé de trouver des parcours pour la Reine des Classiques et le Tour de France, entre autres épreuves. Il n'est là que de quelques heures qu'il est déjà convoqué par le patron qui lui demande de trouver des secteurs pavés entre Paris et Roubaix pour sauver la course. Breton d'origine, établi maintenant en région parisienne, il ne connaît pas le Nord de la France mais se souvient qu'il a couru avec Jean Stablinski, qui en 1968 est encore coureur. Albert Bouvet appelle donc son ami Jean Stablinski qui, avec Edouard Delberghe, un autre coureur du coin, vont faire découvrir à leur hôte des secteurs complètement inconnus.

L'Histoire est écrite, le parcours entre Paris et le vélodrome roubaisien obliquera vers l'est du département en passant par le Cambrésis puis le Valenciennois, soit les pays de « Doudou » Delberghe et Jean Stablinski. C'est ainsi que depuis 40 ans maintenant la trouée d'Aremberg est devenue le point d'orgue de la célèbre course. Jean Stablinski connaissait bien cette longue ligne droite dans la forêt domaniale car il a été mineur à la fosse d'Aremberg à quelques coups de pédales de l'endroit. Ainsi il affirmait souvent : « je suis le seul à être passé sous et sur la tranchée ».


L'une des dernières sorties de Jean Stablinski, c'était en avril 2007 à l'occasion de la
reconnaissance de Paris Roubaix, ici avec Jean-Marie Leblanc et des jeunes du VC Roubaix.
photo : Daniel Fertin

Albert Bouvet, de retour à Paris, est impressionné par ce nouveau parcours et parle de ses inquiétudes à Jacques Goddet qui lui demande seulement s'il y aura au moins un coureur à l'arrivée. Finalement l'épreuve a bien lieu et pour la petite histoire il est bon de se rappeler qu'un coureur de l'équipe nordiste Pelforth Sauvage Lejeune, un certain Jean-Marie Leblanc, aurait très bien pu être le premier dans la célèbre Drève des boules d'Hérin (du nom officiel de la trouée d'Aremberg). En effet, le futur directeur du Tour faisait partie d'une échappée de cinq coureurs qui ont franchi ensemble les premiers pavés, avant que des crevaisons successives de chacun des fuyards permirent à Roger Pingeon (vainqueur sortant du Tour) de franchir seul en tête la « tranchée ».

À Roubaix, c'est un maillot arc-en-ciel, celui d'Eddy Merckx, qui étrennait le palmarès du nouveau tracé. Quant à Jean Stablinski, qui effectuait sa dernière saison, il se faisait tout petit du côté des doches pour éviter les regards des autres concurrents qui semblaient lui dire « tout cela à cause de toi ».


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