Simon l’a emporté à St-Eloois-Vijve le 20 avril
photo : Franky Van Haesebroucke

Retour sur un séjour solitaire mais bénéfique pour Simon Lambert-Lemay

Daniel FERTIN

Au vu des résultats et surtout de leur progression, on sentait bien que Simon Lambert Lemay allait bientôt scorer en Belgique là où il séjourne depuis la fin du mois de mars.

En effet la liste est longue mais surtout de qualité : 13ème à Werken Kortemark, 7ème à Gallende, 23ème à Stasegeme, 12ème à Deux Acren et second à Geluveld le 19 avril dernier. Pour les cyclistes québécois ces noms n'évoquent pas grand chose, pour les Belges toutes ces villes sont synonymes de kermesses, de lieux de naissance de Champions, de sites historiques cyclistes...

Au lendemain de sa seconde place, Simon montait enfin sur la plus haute marche du podium à St-Eloois-Vijve avant de renouveler l'exploit le dimanche suivant à Tollembeek. Toutes ses performances il les a réalisées en solitaire, en effet, il a séjourné seul en Belgique jusqu'à la veille du Tour de Flandres junior qu'il termine huitième et premier non-Belge. En fait il habitait chez Franky Van Haesebroucke un ancien professionnel belge qui lui prodiguait tous les conseils qu'une expérience professionnelle de 1995 à 2001 a pu lui apporter. Il est d'ailleurs très original de noter que le Belge a terminé sa carrière dans la formation américaine Navigators et que de belles victoires en Australie ou aux USA viennent alimenter son palmarès, tout l'inverse de notre junior de Longueuil !

Bien que cela soit un second séjour en Europe pour ce jeune Québécois, il nous avoue cependant que lors de ses premières courses « c'était plutôt dur, je devais m'habituer à la fois aux tactiques des courses ici en Belgique mais aussi me débrouiller seul car sans aucun équipier ». A la fin de son premier stage en Belgique en 2007, celui qui détient déjà à 17 ans sept titres de Champion du Québec n'avait qu'une intention « je voulais revenir et continuer à apprendre, j'en ai parlé à Frankie, et cela c'est fait tout seul » affirme-t-il.

Après une première partie solitaire mais salutaire, Simon est allé accueillir ses 3 coéquipiers américains de l'équipe américaine Hot Tubes, l'une des meilleures formations chez les juniors sur le continent nord-américain dirigée par Tobias Stanton. Il a donc retrouvé ses équipiers venant de Boston, Charlotte (Caroline Nord) et Memphis pour un programme d'abord en Belgique puis ensuite en France.

Simon reconnaît que normalement pour un Québécois il aurait été plus facile de venir en Wallonie mais que cependant il s'est très vite accoutumé à Oudennarde. « J'aime bien vivre ici, l'entraînement est merveilleux avec beaucoup de vent, du plat, des bosses, donc beaucoup de choix, je crois bien que je pourrais vivre ici » avoue-t-il.

Depuis qu'il est hébergé chez Franky Van Haesebroucke, notre junior a passé beaucoup d'heures sur son vélo pour s'entraîner comme tous les jeunes le font traditionnellement dans ce coin des Flandres. Il a souvent roulé avec un Néo-Zélandais de 21 ans, lui aussi hébergé chez l'ancien pro belge. Bien sûr il a sacrifié à des séances de spécifique en solitaire mais son « logeur » organisait régulièrement des séances collectives avec d'autres jeunes ou d'autres équipes. C'est ainsi qu'il a pu mouiller le maillot avec l'équipe nationale U23 de Norvège grâce aux contacts de Franky qui se trouve être également directeur d'une équipe continentale norvégienne. Un Québécois, un Belge, des Norvégiens, un Néo-Zélandais une belle preuve de l'internationalisation de notre sport favori !


photo : Franky Van Haesebroucke

Par ailleurs, Simon restait quotidiennement en contact téléphonique avec son préparateur physique Pierre Lemay avec lequel il travaille maintenant depuis cinq années. « Je n'avais pas d'équipe au départ mais Franky venait avec moi sur chaque course, il s'occupait de tout, même de la mécanique et j'espère retravailler avec lui le plus rapidement possible » s'exclame Simon qui aurait aimé rejoindre une équipe belge mais qui avoue que cela fut rendu impossible dans la mesure où il ne pouvait s'engager que pour une période d'un mois avant que son équipe américaine n'arrive pour le Tour des Flandres junior.

En le voyant évoluer et gagner en pleine Flandre cycliste, on s'étonne de cette « culture vélo » possédée par un jeune de 17 ans venu de l'autre côté de l'Atlantique d'un pays où le hockey et le basseball attirent plus facilement la jeunesse. « J’ai connu toutes les côtes et les murs des Flandres à travers toutes les vidéos cassettes et DVD que j’ai chez moi, comme le Tour des Flandres, Het Volk, Gent-Wevelgem, Kurne-Brussel-Kurne, etc., et maintenant je roule dessus ! » se justifie-t-il, tout en reconnaissant qu'il n'a jamais trop apprécié les sports d'équipe n'aimant pas dépendre des autres pour un résultat « car il y en a toujours qui ne font pas correctement le travail ».

Venu au vélo à l'âge de 11 ans en essayant le vélo de sa mère, il a tout de suite aimé et son père l'a inscrit dans un club. Il y a deux ans, alors qu'il allait participer dans le Vermont à la Green Mountain avec l'équipe André Cycle idCad (à l'époque il n'était que cadet 2), il a appris que l'équipe Hot Tubes serait dans la course. « Une bonne bagarre s'annonçait » se souvient-il maintenant démontrant déjà sa volonté et sa rage de gagner. Il gagne la seconde étape ainsi que les sprints intermédiaires devant le meilleur sprinter des Hot Tubes. Dès lors il est contacté par Tobias Stanton qui lui parle des projets de l'équipe, l'Europe, les Bahamas, l'Irlande, les USA... Un rêve pour lui qui n'y croyait pas et c'est ainsi qu'il se retrouve dans une équipe qui peut se targuer de plus de 90 titres nationaux, deux Championnats du Monde et deux classements généraux de la Coupe du Monde.


photo : Franky Van Haesebroucke

L'année 2008 est déjà bien entamée pour celui qui a déjà participé au Tour des Bahamas avant d'enchaîner avec un camp d'entraînement avec les Hot Tubes en mars puis de s'envoler directement pour ce séjour en Belgique. Dès le dimanche 4 mai, on le retrouvera à Liège pour une épreuve interclubs puis quelques courses en France avec notamment une course de 3 étapes sur 2 jours, le Tour du centre Morbihan. Ensuite, l'équipe retraversera l'Atlantique mais notre « solitaire » est d'ores et déjà sélectionné avec l'équipe nationale canadienne et participera ainsi en France à l'épreuve de Conches et au Trophée Karlsberg en Allemagne, une épreuve comptant pour la coupe des Nations junior.

Après finalement 2 mois et demi en Europe, Simon retrouvera la Belle Province le 26 mai pour participer aux Championnats canadiens, une date qu'il a d'ores et déjà marqué sur son calendrier.

Avec sa taille (6 pieds 1) et son poids (170 livres) Simon ne peut être un grimpeur sur de longues montées. « Par contre, les montées courtes, comme ici, j’aime bien car il faut beaucoup de puissance. J’aime faire les courses à la dure, j’aime les longues échappées dans la pluie et le vent. Je suis un bon ‘’finisher’’, c’est-à-dire qu’après une longue journée d’échappé, je peux sortir solo, ou régler la course au sprint » se définit le septuple maillot à fleur de lys et comme il apprécie maintenant les bordures et le vent on peut aussi le considérer comme rouleur. D'ailleurs l'an passé il avait été Champion du chrono et 3ème chez les élites au cumulatif.

Pour terminer cet entretien, nous faisons parler Simon de ses coureurs favoris et c'est tout de suite de Dominique Rollin dont il nous parle. « J'étais minime quand j'ai roulé avec lui pour la première fois » se souvient-il tout en nous rappelant que le vainqueur d'étape sur le Tour de Californie avait jusqu'en U23 le même préparateur, à savoir Pierre Lemay. Avant lui déjà, Dominique avait choisi la filière européenne pour apprendre le métier. Cependant, alors que nous lui demandons s'il est obligatoire de passer par l'Europe, Simon s'empresse de nous répondre fort justement au titre de conclusion « Pas nécessairement, car le niveau nord-américain devient de plus en plus fort avec des grosses courses, où même des équipes européennes viennent. C’est aussi plus près de la maison que l’Europe. Voilà probablement pourquoi on ne retrouve pas de Québécois en Europe, pourquoi aller loin quand on peut avoir presque le même niveau à quelques heures de la maison. Cependant, l’Europe, c’est l’école du cyclisme. La mentalité des gens n’est pas la même, la façon de courir, la façon de s’entraîner, le mode de vie. Pour ma part, j’aime vivre ici, c’est un mode de vie que j’adore. Je me donne comme objectif d’essayer de passer par l’Europe avant les U.S, afin de devenir pro, si c’est possible »!


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