juillet 2007

Cette année le Tour est repassé au col de Mente comme en 1971

Daniel FERTIN

En 1971 Eddy Merckx a déjà gagné les Tours de France 1969 et 1970 et il est au sommet de son art. Cette année, avant de participer à son troisième Tour, il a notamment remporté Milan San Remo, Paris Nice, Le Tour de Sardaigne, le Het Volk, Le Tour de Belgique, Liège-Bastogne-Liège, le GP de Francfort, le Dauphiné Libéré… Et encore on ne compte pas les succès d’étapes, ni les plus petites épreuves. A 25 ans il justifie pleinement son surnom de « Canibale »

Dans le prologue, son équipe l’emporte comme d’habitude – d’ailleurs sur chacun des Tours de France auquel participera Eddy Merckx, il remportera le contre-la-montre par équipes. Tout semble bien parti. Cependant dans l’étape menant à la station d’Orcières-Merlette il se voit classer à 9 ‘ 45" de l’Espagnol Luis Ocana. C’est du jamais vu, comment va-t-il réagir ? Après la journée de repos dans la station des Hautes-Alpes une étape est prévue au départ d’Orcières avec arrivée à Marseille. Le départ est à peine donné que Merckx et son équipe attaquent dans la descente alors que le maillot jaune a été retardé par un entretien radiophonique. L’échappée va être menée à un train d’enfer, arrivant à Marseille bien avant que les personnalités n’aient pris place dans les espaces réservés au VIP. On dit même que Gaston Deferre, le maire de la cité phocéenne, est tellement furieux qu’il ne veut plus du Tour dans sa ville. Cependant le résultat de toute une journée de bataille est faible, Merckx n’a repris que 1’ 56". Tout se jouera dans les Pyrénées d’autant que le Belge ne reprend que 11" à l’Espagnol dans un contre-la-montre de 16 kilomètres.

Il fait beau au matin de l’étape Revel – Luchon. Un Espagnol très bon grimpeur, Fuente, est parti devant dans le premier col, celui du Portet d’Aspet, mais ce qui intéresse le public c’est la lutte des deux grands favoris. Merckx passe en tête au sommet du second « grimpeur », le col de Mente, cependant très loin de Fuente. Dans sa roue Guimard, Zoetemelk, Van Impe et surtout Ocana ont senti le bon coup. Il ne faut pas lâcher Eddy Merckx d’un boyau. Ocana est presque chez lui, enfant il habitait dans un village espagnol proche de la frontière avant que ses parents partent trouver du travail en France. Ce n’est pas la première fois que le peloton du Tour emprunte ce col, il est connu des coureurs.

Dans la descente c’est un drame qui va se jouer. L’orage éclate. Les freins ne répondent plus. C’est avec les pieds que les coureurs doivent ralentir comme ils le peuvent aveuglés par les énormes grêlons et le vent. Un temps d’apocalypse. La boue et la glaise descendent des montagnes et se répandent sur la route. Dans un virage très prononcé sur la gauche Merckx comme à son habitude est devant, il se rétablit comme il peut, tombe, évitant le parapet et donc le ravin. Ocana, juste derrière lui, heurte le rocher et tombe également.

La voiture « Bic » s’arrête avec, elle aussi, beaucoup de difficultés. Christian Darras est immédiatement au chevet de son coureur qui se relève et c’est alors que Joop Zoetemelk sort lui de ce virage maudit, lui aussi ne contrôle plus rien, il percute Ocana de plein fouet. Merckx lui est reparti. Le choc a été très violent, l’Espagnol prononce des mots incompréhensibles, on croit comprendre qu’il se plaint du dos et des jambes. A l’arrivée, Zoetemelk témoigne pour les journalistes : « Nous dérapions, nous avions beau nous aider de nos pieds, nous zizaguions, frôlant le ravin prêt à nous avaler, tandis que nous étions aveuglés par la grêle de plus en plus drue ». Des spectateurs, des suiveurs, des motards tentent de demander aux coureurs la plus extrême prudence mais ceux-ci ne sont que des pantins désarticulés, ils ne commandent plus rien.


Le maillot jaune est à terre, il ne repartira pas. En 2007 comme en 1971,
le Tour vivra une étape sans maillot jaune.
photo : La légende du Tour, par Pierre Chany (mai 1995)

Merckx continue la descente, Ocana reste au sol, les chances de conserver son maillot jaunes restent dans ce col de Mente. Lors de la cérémonie protocolaire on tend un maillot jaune à Eddy Merckx, il le refuse et ne le portera pas le lendemain en hommage à son adversaire blessé qui a été évacué en hélicoptère. Mercckx rendra d’ailleurs visite à son adversaire le lendemain à la clinique.

Que serait-il arrivé si Luis avait suivi les conseils de Maurice De Muer, son Directeur sportif, laisser filer et revenir ensuite. La fougue et l’impétuosité qui ont toujours caractérisé « l’Espagnol de Mont-de-Marsan » avaient eu raison de lui. Il restera à jamais le vainqueur moral de cette édition, il aurait pu être le premier à faire mettre un genou à terre au « cannibale » Eddy Merckx qui avouera plus tard « J’aurais préféré me classer second en me battant tous les jours que de vaincre dans de telles circonstances ».

Finalement les médecins ne trouveront aucune fracture et Luis terminera la saison en l’emportant au Grand Prix des Nations, au trophée Baracchi,au Tour de Catalogne et au contre-la-montre de Diessenhofen, toutes des épreuves où il est accueilli en triomphateur.


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