avril 2007


photo tirée du livre de Jean-Paul Ollivier "Histoire du cyclisme" aux éditions Flammarion (juillet 2003)

Neige, Bastogne, Neige

Daniel FERTIN

Ce dimanche 20 avril 1980, Bernard Hinault est au départ de l’un des « monuments » du cyclisme mondial. Il a défini trois objectifs pour cette saison, un troisième Tour de France, le Tour d’Italie et les Championnats du monde qui se déroule en France, à Sallanches.

Le ciel est très bas sur les bords de la Meuse quand est donné le départ de Liège-Bastogne-Liège à quelques jours du prologue du Giro. Autant le soleil brillait il y a trois jours pour la Flèche wallonne, l’autre classique ardennaise, autant les conditions atmosphériques dantesques vont marquer la course. Dès le 5ème kilomètre il neige. A Sprimont, 5 kilomètres plus loin, c’est la tempête que vont devoir affronter les 174 coureurs. Deux heures plus tard les commissaires auront noté pas moins de 110 abandons. Tout est bon pour s’abriter et attendre son directeur sportif, abris de bus, cafés, garages ou simplement maisons individuelles. Heureusement le « blaireau » a glissé dans le sac qui le suit dans la voiture de Guimard, des gants, un passe-montagne et des protections pour les pieds.

Guimard lui demande de s’accrocher jusqu’au ravitaillement pour éventuellement se retirer là.

A Vielsam, au cœur du massif des Ardennes belges, la neige cesse quelque peu et justement Bernard Hinault s’était fixé comme premier objectif sur l’épreuve, « aller jusqu’au ravito ». Là il découvre qu’il n’est pas le seul de son équipe, il reste encore Maurice Le Guilloux, fidèle équipier, un autre Breton comme lui. Un leader n’abandonne pas devant un lieutenant, il continuera. Maurice Champion, l’adjoint de Guimard, lui tend des vêtements secs, deux bidons de thé brûlant et surtout… un nouveau vélo avec des développements adaptés à la fin du parcours. Rencontré dernièrement sur Paris-Roubaix, Maurice Le Guilloux, maintenant pilote chez ASO, se souvient : « Je crois que s’il ne m’avait pas vu, le Blaireau aurait bâché comme les autres, mais en me voyant, il s’est dit qu’il devait être le dernier de son équipe ». Pour cet ancien équipier du quintuple vainqueur du Tour, cet épisode marque bien la volonté et la ténacité du Breton, « quand il avait décidé, plus rien ne pouvait plus l’arrêter ».

A Bastogne, il fait de plus en plus froid et le peloton squelettique qui hante les routes ardennaises profitent des traces laissées par les voitures sur les routes enneigées. Pour se réchauffer, Bernard Hinault ne trouve donc qu’une seule solution, attaquer. Il part seul alors qu’il reste 80 km avec toutes les côtes hérissant le tracé. Derrière les derniers rescapés sont résignés, ils abandonnent les uns après les autres, ils ne seront que 21 à rallier Liège sur leur bicyclette derrière Bernard Hinault. La neige qui a repris de plus belle lui pique les yeux, il a l’impression de pleurer sur son vélo mais surtout il sent ses doigts, particulièrement l’index et le majeur de la main droite, s’engourdir et geler progressivement.

D’ailleurs, des années plus tard, et encore aujourd’hui, lorsqu’il fait froid « je ressens encore des brûlures dans les doigts » affirme celui qui finalement gagnera en cette année 1980, le Tour d’Italie et deviendra Champion du Monde, abandonnant sur blessure avec le maillot jaune sur le dos. Le lendemain de cet exploit hors du commun, les titres des journaux spécialisés étaient assez dithyrambiques comme par exemple celui ci : Neige-Bastogne-Neige ! Une page de la légende des cycles venait de s’écrire une fois de plus.


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