17 janvier 2009

Grosse semaine pour le refroidissement éolien

Karim Benessaieh

Les grands froids des derniers jours ont mis sur la sellette le terme «refroidissement éolien», qui est parfois à la météo ce que le sensationnalisme est au journalisme. Pourquoi se contenter d'annoncer un modeste 10° au-dessous de zéro quand on peut l'agrémenter d'un refroidissement éolien bien corsé avec une température «ressentie» de -24° ? Et quoi de mieux que de transformer -28°C en avertissement effroyable de -50° avec le vent, comme on l'a constaté cette semaine ?

Apparu en douce il y a une dizaine d'années sous le terme de «facteur vent», le refroidissement éolien est aujourd'hui totalement intégré au vocabulaire météorologique. Il est sans conteste la vedette de la semaine. Même si on en abuse. « Quand on sait ce que c'est, c'est très utile, mais c'est souvent employé à toutes les sauces, dit René Héroux, météorologue à Environnement Canada. Il y en a, et je ne donnerai pas de noms, qui utilisent ça tout le temps ! D'autres font du sensationnalisme avec ça, c'est vrai. »

Le facteur de refroidissement éolien, qui combine température et vitesse du vent dans une formule complexe (voir encadré), sert surtout à prévenir les engelures. Dans les pays nordiques, on peut facilement supporter des températures comme celles d'hier si on est bien habillé... et si le vent est discret. Si ce dernier se lève, c'est une autre paire de manches. « Quand il fait froid et qu'il vente, il y a risque d'engelure, pour la peau exposée seulement, précise M. Héroux. Parfois, il n'y a pas de vent, comme aujourd'hui (hier), alors le refroidissement éolien est une information inutile. Parfois, également, on crée son propre vent en skiant ou en courant. »

Comme calculer le refroidissement éolien ?
Depuis 2001, Environnement Canada a mis au point une nouvelle équation qui « tire profit des progrès scientifiques pour fournir une mesure plus précise et plus utile de la sensation de froid en présence de vent ». Malgré son apparence rebutante, elle est loin d'être difficile à maîtriser. La voici :

En posant que T est la température et V la vitesse du vent, le refroidissement = 13,12 + 0,6215 x T - 11,37 x V (puissance 0,16) + 0,3965 x T x V (puissance 0,16)

C'est en 1999 qu'Environnement Canada a commencé à intégrer le facteur vent dans ses prévisions, après une vague de froid exceptionnelle dans le sud de l'Ontario. On utilisait à l'époque la vieille équation de Siple-Passel, deux scientifiques qui l'ont conçue dans les années 40 dans l'Antarctique.


17 janvier 2009

Les fumeurs prennent leur mal en patience

Louise Leduc

Alors que tout Montréal fulmine dès qu'il met le nez dehors, quelques fumeurs rencontrés hier assurent, eux, qu'ils n'ont pas froid. Pas froid du tout.

« Je suis en pleine ménopause », explique Michèle.

« Le problème des gens, c'est qu'ils se crispent », explique une femme qui veut qu'on la désigne comme «une fumeuse heureuse». « L'explorateur Bernard Voyer l'a bien dit dans un documentaire : il faut se détendre quand on est dehors, relâcher ses épaules... »

« Moi, ce n'est pas le froid qui m'incitera à arrêter de fumer. C'est le prix des cigarettes », dit Jade.

Claudette explique, elle, que le froid est nettement, nettement plus supportable que son patron, dont elle a besoin de s'éloigner à quelques reprises dans la journée. Alors peu importe combien il fait au thermomètre, il faut qu'elle sorte.

« Habillée comme un ours » et rigolant dehors avec ses deux collègues en manteau de fourrure, Monique, elle, admet quand même se trouver «un peu poche» d'être accro au point de sortir par ce froid pour fumer.

Pour sa part, Karine, une fumeuse de 28 ans qui travaille dans le domaine financier, le dit sans détour: elle est gelée, elle en a assez de perdre du temps à mettre sa paire de chaussettes supplémentaires avant chaque pause café. «Moi, la température actuelle, ça m'aide à réduire ma consommation de cigarettes. Si le froid peut continuer... »


caricature : André-Philippe Côté, Le Soleil, 16 janvier 2009


Le facteur « ridiculien »

7 mars 2004


Richard Larouche ne craint pas l'hiver et encore moins le « facteur éolien ».
photo : Michel Lafleur, Le Droit

LETTRE DE LA SEMAINE

Richard Larouche
L'auteur demeure à Gatineau

Est-ce que vous avez envie, comme moi, de vous insurger à chaque fois que vous entendez les gens des médias, qu'il s'agisse des annonceurs radio ou des présentateurs météo, faire leur référence ridicule au facteur de refroidissement éolien quand ils nous annoncent la température qu'il fait ou qu'il fera ? L'hiver est ma saison préférée et j'en ai assez de me faire dire qu'il fait plus froid que ce que le bon vieux thermomètre nous indique.

J'ai toujours aimé l'hiver. Je m'adonne au ski de fond depuis 25 ans. Si j'avalais la température qu'on nous offre avec son facteur « ridiculien », pardon, éolien, j'hibernerais, car il semble faire tellement froid quand les présentatrices et présentateurs météo nous annoncent qu'il fera moins 22 demain et, avec le refroidissement éolien, la température ressentie sera de moins 36 ! C'est assez pour ne pas vouloir mettre le nez dehors, non ?

Mais qu'est ce facteur de refroidissement éolien, ce supposé indice qui nous fait ressentir une température plus froide que la température réelle à cause du vent ?

Le facteur de refroidissement éolien, apprend-on en faisant quelques recherches, combine la température de l'air et la vitesse du vent pour obtenir une lecture de la température qu'on ressent effectivement à l'extérieur.

Ceci étant, selon le site Web d'Environnement Canada, « il est difficile de mettre le doigt sur le refroidissement éolien parce que aucun instrument ne peut le mesurer. Il ne décrit qu'une sensation, celle que nous ressentons à cause de l'effet refroidissant combiné de la température et du vent. Normalement, notre corps réchauffe une petite couche d'air près de notre peau qui protège celle-ci des températures extérieures. Mais, par temps froid, le vent qui souffle emporte cette couche avec lui et la remplace par de l'air froid. »

Vraiment ! Cela sent la fumisterie à plein nez ! C'est du « sensationnalisme météorologique », comme l'indique Miguel Tremblay, physicien, dans son site, que j'ai consulté par hasard en cherchant des informations sur le refroidissement éolien à partir d'un moteur de recherche.

Voici ce qu'en pense M. Tremblay dans son site (affublé du beau sous-titre Le ridicule a une température) qui traite non seulement du facteur de refroidissement éolien, mais aussi du facteur humidex :

« Je ne conteste aucunement le fait que la sensation de froid est plus vive lorsqu'il vente... Là où je m'insurge, c'est dans l'invention d'une formule chiffrée pour décrire cette réalité. La science n'a pas réponse à tout et inventer une formule ayant comme finalité le chiffrement d'une « sensation » illustre le travestissement de la science pour un but qui lui est impropre et qui ne lui appartiendra jamais. Une sensation est spécifique à chaque individu. La science étudie des phénomènes REPRODUCTIBLES, ce qui ne saurait, par définition, s'appliquer à une sensation. »

L'hiver est ma saison préférée. Nous voici début mars. Au cours des cinq dernières semaines, ma femme et moi sommes allés faire une quinzaine de randonnées en ski de fond d'une durée moyenne de plus de trois heures. Au moins cinq de ces randonnées se sont faites par une température entre moins 20 et moins 24. Avec le facteur « ridiculien », il faisait ces jours là, à ce qu'on nous laissait entendre, entre moins 30 et moins 40.

Avons-nous eu froid ? Au peu, au départ. Avons-nous apprécié nos randonnées ? Bien sûr que oui ! Étions-nous les seuls fous à braver des températures supposément sibériennes ? Nous étions des centaines, voire quelques milliers. Vous ne savez peut-être pas, mais le parc de la Gatineau est le paradis des skieurs de fond, avec ses quelque 200 km de pistes. Si vous saviez comme ça glisse vite à moins 23 !

Jouer dehors !
Lorsque j'étais enfant, à la fin des années 1950, j'habitais la région nord-ouest du Lac-Saint-Jean. La première neige tombait au début octobre et il n'était pas rare d'avoir des tempêtes de neige jusqu'en mai. En janvier et février, il faisait régulièrement dans les moins 30. Et qu'est-ce que les enfants faisaient l'hiver ? Ils jouaient dehors !

Mes frères et soeurs et moi devions marcher environ 1,5 km pour nous rendre à l'école de rang et souvent, par grand vent. On s'est parfois gelé le bout du nez et un lobe d'oreille. Mais ils ne sont pas tombés !

De nos jours, les vêtements nous protègent mieux du froid qu'il y a 50 ans. Les hivers québécois sont moins rigoureux qu'il y a 50 ans. Mais on nous fait tellement peur avec des chiffres de température fictifs, que nombre de gens restent encabanés tout l'hiver.


à lire également :
- Ce fameux indice qui donne froid dans le dos, Ève Christian, Radio-Canada

- Le choix des cyclistes : Environnement Canada ou Météo Média ?


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